par
bombedj
» Mercredi 17 Décembre 2008 1:03
Voici le texte qui m'a accueilli lors de mon arrivé, à Bamako.
Sa lecture, m'a rendu songeur. elle sera mon fil rouge.
Tu vois Manta, c'est dans un camion comme celui là que tout commence.
Lettre à ma sœur disparue
Tu es partie ce soir-là à bord d’un camion noir
Au milieu de visages sans expression
Vous êtes partis dans la nuit
A la recherche de lendemains meilleurs
Mais le désert et une mer sans eau et sans fin
Chaud ou froid toujours un enfer
Et la route une chimère interminable
Les passeurs vous ont abandonnés
Au bout du contrat pour d’autres proies
Vous avez marchés des jours et des jours
Combien de vos compagnons
A bout de force, à bout d’espoir sont tombés
Mais l’odeur de la mer était trop forte
Et vous avez suivi la longue flèche d’ossements humains
Qui mène aux deux rochers
Brillant de mille feux dans la nuit
Si proche et si loin
Interdits par des molosses cannibales et des barbelés acérés.
On vous a parqués comme des bêtes dans des hangars lugubres
On vous a dépouillés de vos identités et de votre dignité
Le garde à trouvé l’argent caché au fond de ton intimité
Et ils t’on violé jusqu’à plus soif
Puis, par une nuit sans étoiles
On vous a jetés dans des camions sombres
Direction la frontière sud
Là-bas d’où vous veniez, dans des griffes d’autres passeurs
Des mois durant tu as erré
Vendant ton corps de plus en plus difforme
De moins en moins cher
Pour manger, dormir et payer le piroguier
Sur la mer vous avez dérivé, sans eau et sans nourriture
Avant que les garde-côtes ne vous arraisonnent
Au JT de 20 h, nous t’avons vue débarquer la première sur une civière.
Tenant à bous de bras ton carnet d’adresses, comme une bouée de sauvetage
C’est ton compagnon d’infortune qui l’a trouvé
Et qui nous a appelé de Saint-Louis
Où il a été expulsé comme les autres
Il nous a dit que les médecins ont juste eu le temps de t’operer
Pour sauver l’enfant, un garçon.
Dans ton délire, tu parlais de sècheresse, de criquets pèlerins
De coton subventionné et de paysans affamés
Tu as dénoncé les richesses minières bradées
-les institutions financières suceuses de sang
Les guerres, les génocides et les épidémies
Les dirigeants qui jettent leur jeunesse sur la route et la met
Attirés par les sirènes des Canaries, Ceuta,
Melilla, Gibraltar, Lampedusa
Toujours vers le nord, vers l’opulence, vers la mort
Du bateau à l’ambulance
De l’hôpital au cimetière
Tu n’auras connu la terre espagnole que de l’intérieur
Où tu reposes désormais
Face à la mer, au pied d’une dune
Notre père a craqué de désespoir
Quand il a su que tu n’enverras pas ses médicaments
Il est mort en maudissant le désert et la mer
Mère, passe ses journées devant le consulat
Elle veut aller récupérer son petit-fils Miguel
Ton fils adopté par un couple du continent
Moi je cherche toujours un premier emploi
Et le pays, est toujours aussi pauvre.
Gaoussou Haiddara.