Est-ce que c’est une blague ? Le nouveau boitier de Leica, ce désormais fameux M Monochrom, laisse une désagréable sensation : celle d’être pris pour des imbéciles, prêts à débourser une somme ridiculement élevée pour se munir du dernier modèle. Ce dernier né des M9 présente en effet l’incroyable particularité de ne permettre que les photographies noir et blanc, là où tous ses concurrents proposent, bien évidemment, la couleur ET le noir et blanc.
L'idée même d’un boitier produisant exclusivement des photos en noir et blanc ne semble présenter qu’un intérêt médiocre, lorsque le numérique et plus particulièrement les fichiers raw offrent une flexibilité et un confort d'utilisation inégalé. D’où s’ensuit l’inévitable question : pourquoi ? En théorie, l’absence de matrice de Bayer, ce filtre qui « évalue » et interprète les couleurs (un capteur ne voit qu’en noir et blanc d’où la matrice), permet l’économie d’une étape supplémentaire et destructrice. Les photos noir et blanc produites seraient alors les plus pures selon Leica, toutes générations confondues, rien que ça ! Simple argument marketing ou réalité ? Marketing diront les uns ! Car en plus ils ont le culot d’inclure un logiciel dédié à la conversion et le traitement du noir et blanc ! Réalité diront les puristes ! Car ceux qui ont connu la période argentique savent tout ce qui se passe dans une chambre noire. Ils savent également qu'une photo est destinée à être tirée de préférence sur un beau papier baryté et chaque étape de la prise de vue au tirage demande un soin particulier. En tout état de cause, le prix extrême de ce M9 "bridé" mettra tout le monde d’accord, pourtant Leica nous y a habitué !
Il reste néanmoins que nombreux sont les adeptes du noir et blanc, que ce soit par goût véritable ou par paresse artistique. D’un côté, il permet de saisir une scène dans toute sa force, tout en la rendant quasiment intemporelle. Une façon finalement de marquer le temps de son empreinte. D’un autre, il y est parfois (souvent) recouru par facilité, pour justement parer une photo quelconque des qualités généralement associées à ce procédé. Ce que madame a eu l’occasion de me reprocher et parfois de manière cinglante ! En réalité, il est à mon sens bien plus difficile de réussir une belle photo sans artifices et en couleurs.
Chacun connaît les grands classiques de la photographie et le legs des maîtres humanistes. Que quelqu’un pratique la photographie vulgairement désignée « de rue » ou de reportage, et il s’en inspire directement – ou indirectement. Or, en plus d’être intimement liée au noir et blanc, la photographie humaniste entretient des liens étroits avec Leica, lorsque ses plus grandes figures recourraient par préférence à cette marque. Dans cette perspective, le Monochrom constitue un prolongement, certes inattendu et surprenant, mais néanmoins logique : il permet à celui qui voudrait mettre ses pas dans les traces de ces illustres devanciers de ne pas s’encombrer d’options ou de boutons farfelus et d’aller à l’essence même de la photographie.
En vérité, le M9 Monochrome répond à toutes les exigences du photographe noir et blanc : un boitier petit et discret, les meilleurs optiques, le plein format et du noir et blanc en natif ! A bien le détailler, on comprend en fait que cet appareil n’est pas tant destiné au grand public qui risque de mal le recevoir, ne serait-ce son prix, qu’aux grands photographes, avérés ou futurs, de notre époque. A croire que ce boitier est le fruit de commandes spéciales de ces derniers… Merci de nous en faire profiter!
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