A l'époque, j'habitais Paris, mais j'avais pris quelques jours de vacances tardives et je me trouvais à Lyon. En rentrant dans le hall de mon hôtel, mon regard tombe par hasard sur une TV allumée dans un coin du hall. Le hall était désert, personne ne la regardait. J'ai d'abord été surpris par le réalisme des images, et je me suis demandé comment ils avaient réalisé un trucage aussi convaincant visuellement... car pour moi, ça ne pouvait évidemment pas être autre chose qu'un télé-film !
"Eh bien, ils ont mis pas mal d'argent là-dedans !", me suis-je dit.
C'était l'instant où le deuxième avion entrait en collision avec la seconde des deux tours, et comme le son du poste était coupé, je n'entendais aucun commentaire.
Assez bluffé par le réalisme de ce que je prenais encore pour un effet spécial, j'ai donc regardé quelques instants les images, et j'ai rapidement réalisé que quelque chose ne collait pas : l'action ne "progressait" pas comme dans une fiction, les images étaient en désordre, mal montées, on revoyait plusieurs fois la même séquence, etc. Bref, j'ai demandé à la réception de mettre le son, et j'ai tout de suite compris que ce n'était, hélas ! pas une fiction mais un reportage... reportage dont j'allais apprendre par la suite qu'il était tourné par deux amis proches, partis vivre à NY avec leurs parents.
Dussé-je vivre cent ans ou davantage, jamais je n'oublierai où j'étais et ce que je faisais ce jour-là !
Je suis trop jeune pour avoir vécu l'assassinat de JFK (j'étais un jeune enfant), mais j'ai le même genre de souvenir, heureusement beaucoup plus heureux, pour le premier pas de l'homme sur la Lune, en 1969... Là, j'étais au Club Med en Toscane, et bien entendu, un poste de TV était, à cette époque au moins, un objet résolument banni des villages du Club. Pourtant, quelqu'un en avait déniché un qui avait été installé à l'ombre des canisses, dans un coin du restaurant, et l'on se bousculait pour admirer les images tremblotantes d'Armstrong ; à chaque petit effort de la brise de mer, les canisses se soulevaient légèrement et le soleil tombait sur l'écran, noyant l'image et faisant pleurer les yeux...