Un monstre dans ma poubelle
Un samedi soir comme les autres.
Avachi dans mon canapé, je regarde tranquillement la retransmission, tant attendue, de la finale féminine de curling. Voir ces suédoises passer le balais en se criant dessus est un de mes petits plaisirs du week-end.
Soudain, une voix horrible, provenant de la pièce d’à côté, arrive avec fracas jusqu’à mes oreilles. Vous savez, le genre de phrase, qui vous sort brutalement de votre demi-sommeil et qui vous fait, en une fraction de seconde, réfléchir sur la condition humaine :
« Chéri !!!! Sors la poubelle !!! Elle empeste !!! »
Dans ces moments là, on aimerait bien faire le mort ou tout simplement faire semblant de ne pas avoir entendu. Mais on sait aussi que si on ne s’exécute pas de suite, les représailles seront certainement dévastatrices et nuiront à notre soirée télé si bien organisée.
Telle une larve sortant de son cocon, je m’extirpe de mon canapé et me dirige, en traînant des pieds (il faut quand même montrer à madame que ça nous fait Ch**r de sortir les poubelles !) vers la cuisine. J’y récupère le sac poubelle plein, sous l’œil attentif de ma chère et tendre… tortionnaire !!
Je sors sur le palier et déjà le froid m’envahi et me glace jusqu’à l’os. Je cherche du regard la poubelle destinée aux ordures ménagères…
Elle n’est pas là… Pff!
J’ai oublié qu’on l’avait sortie sur le trottoir car les éboueurs doivent passer cette nuit. Tant pis… direction la poubelle verte !! Discrètement je m’approche de celle-ci en surveillant bien de ne pas me faire prendre dans ce délit anti-écologique et c’est au moment où je soulève le couvercle qu’une lumière rouge aveuglante accompagnée d’un ignoble rugissement jailli et me glace littéralement le sang !!!
Il y a un monstre dans ma poubelle verte !!!

Tout en criant, je déboule comme un fou furieux dans la cuisine et je tente d’expliquer à madame ce qui vient de m’arriver. Il me faut moins de dix secondes pour la convaincre de m’accompagner dehors.
Armée de son balai, elle s’approche en silence de la poubelle. Je reste bien entendu devant elle afin de la protéger du danger en faisant barrage de mon corps. A distance elle soulève délicatement le couvercle et rebelote !!! Lumière aveuglante et rugissement !!!
Il y a bel et bien un être maléfique installé dans ce satané vide-ordure.

Il est hors de question de laisser cette chose dans mon jardin !!! Il va falloir s’en débarrasser. La faire fuir !!L’exterminer !!! La guerre est donc déclarée.
Bien décidé à lui montrer qui est le chef ici, je cours chercher le Rotofil électrique et tente une approche plus musclée afin de lui faire peur. En vain….
Cette chose ignoble est bien déterminée à rester dans son nid douillé.


Ok ! Elle veut jouer avec moi ?! Direction le garage. Je récupère une bouteille de bière vide, un peu d’essence de la tondeuse à gazon, une chaussette et c’est parti pour une attaque au cocktail molotov !!! Mais rien à faire !! Elle a décidé de s’installer chez moi !! Hors de question que je partage mon canapé avec elle et encore plus, que je loupe la fin du tournoi de curling !!!

Je vais sortir les grands moyens !! J’enfourche donc Tornado, j’enfile mon casque de gladiateur, mon bouclier et c’est armé d’une lance de chevalier que je défi le monstre à la joute. Résultat des courses : Tornado se retrouve à terre avec une patte voilée et il faut cinq bonnes minutes à ma femme pour me désincarcérer du mur dans lequel je viens de m’écraser lamentablement. Mais la poubelle n’a pas bougé d’un centimètre… elle jubile… elle me nargue !!

Nous décidons donc de lancer l’assaut final. Nous montons une barricade de fortune au pied de la bête et, équipés d’armes de destruction massive à la pointe de la technologie, nous chargeons une dernière fois la rage au ventre. De toute façon, le tournoi des balayeuses suédoises est terminé.


Le combat fut rude. On ne comptait plus les bleus et les ongles cassés. Mais tout ces efforts ne servirent à rien. Impossible de faire fuir la créature. Le désespoir nous poussa à essayer une ultime ruse pour calmer la colère du monstre. Nous décidions de lui présenter la poubelle noire.
Contre toute attente, une forme de communication s’instaura. Fébriles nous attendions, mais le monstre ne sortait pas.
Fatigués et lassés, il nous fallu accepter l’évidence : la cohabitation était inévitable.
Un point positif tout de même : je n’ai plus jamais eu besoin de mettre la poubelle sur le trottoir. Elle se vide toute seule…
THE END








